Un double carnage dans les Cévennes

Dans les montagnes cévenoles du XIXᵉ siècle, une série de crimes particulièrement violents a secoué la population locale. Deux massacres, à trois ans d’intervalle, ont marqué les esprits par leur brutalité et l’absence de mobile apparent.

Le premier drame – 27 février 1851, Soliers

Un matin glacial de février 1851, les habitants du hameau de Soliers, à Saint-Étienne-Vallée-Française, découvrent avec effroi une scène d’horreur. Dans une maison isolée, quatre corps sans vie gisent dans le silence lugubre du petit matin. Les victimes, toutes membres de la même famille, ont été tuées avec une violence inouïe :

  • François Rousson, 54 ans, semble avoir été la première cible. Son corps porte des marques de coups portés avec un objet contondant.
  • Jeanne Chabrol, son épouse, a vraisemblablement tenté de fuir avant d’être rattrapée et frappée à mort.
  • Louise André, la mère de François, âgée de 84 ans, a été exécutée sans pitié.
  • Jules Rousson, le fils de François Rousson, âgé de 12 ans, est lui aussi retrouvé sans vie, achevé comme les autres.
  • Célestin Rousson le fils cadet est épargné. Traumatisé il ne sera jamais capable de témoigner, il décède célibataire le jour de ses 29 ans.

Article du Journal de la Lozère du 9 Mars 1851. On notera que l’intérêt porté à l’affaire est encore limité et que le journaliste commet quelques erreurs.

 

Les actes de décès de la famille Rousson sont visibles dans l’état civil de la commune de Saint-Etienne-Vallée-Française. (https://archives.lozere.fr/ark:/24967/vta84b36db810884b6c/daogrp/0/11 )

Aucune trace d’effraction n’est relevée, aucun vol ne semble avoir eu lieu. L’assassin connaissait-il les lieux ? Avait-il un différend avec la famille ? L’enquête, limitée par les moyens de l’époque, piétine. Le mystère reste entier.

Un nouveau massacre – 12 septembre 1854, Mas Buisson

Trois ans après ce premier drame, l’horreur frappe à nouveau, cette fois dans le hameau du Mas Buisson, non loin du premier crime.

Là encore, une famille entière est massacrée : c’est la petite Irma Chabrol, âgée de 11 ans qui donne l’alerte en frappant à la porte de la maison voisine. Toute sa famille a été massacrée, elle-même a échappé à l’assassin en jouant la morte. Aussitôt on se rend sur les lieux.

  • Jean-Jacques Chabrol, 42 ans, est retrouvé poignardé à plusieurs reprises, dans un ravin à une centaine de mètres de la maison.
  • Marie-Jeanne Espagnac, son épouse, est violemment battue et agonise dans l’entrée de la maison.
  • Jules Chabrol, 17 ans, semble avoir tenté de s’interposer, il est retrouvé entre la vie et la mort dans une petite cour.
  • Ferdinand Chabrol, 7 ans, avait la tête presque séparée du corps.

Jules et sa mère prononcent tous les deux le même prénom avant de mourir « Maurice ».

Les actes de décès sont visibles dans l’état civil de la commune, page https://archives.lozere.fr/ark:/24967/vta8503568374702c1e/daogrp/0/33 et suivante.

Irma se marie en 1862 avec Auguste Ferdinand Tardres, elle décède à 35 ans à priori sans descendance.

Le mode opératoire rappelle étrangement celui du premier carnage. La population est terrifiée. Dans cette région reculée où les nouvelles circulent lentement, la rumeur se répand : un monstre rôde, frappant sans prévenir et laissant derrière lui des foyers décimés.

L’arrestation et la révélation

Face à la répétition des crimes et à leurs similitudes, l’enquête s’accélère.

Les témoignages recueillis lors du second évènement mettent les enquêteurs sur la trace d’un certain Maurice. Les soupçons se portent immédiatement sur un homme qui connaissait bien les victimes. Arrêté peu après le massacre du Mas Buisson, Maurice Rousson, cultivateur de la région, cousin de la première famille, sera jugé en 1855 pour les massacres de Soliers et du Mas Buisson.

Un arbre généalogique pour illustrer les liens familiaux entre Maurice Rousson et la première famille assassinée.

 

La cour a estimé que le mobile était financier dans les deux affaires et que Maurice avait assassiné les deux familles pour quelques centaines de francs. Il est condamné à mort le 28 Mars 1855.  Le 23 mai de la même année, il est guillotiné au Pont de Burgen, à quelques centaines de mètres du lieu de ses crimes, en présence de nombreux témoins. Avant son exécution, il ne cherche pas à se défendre et reconnaît être l’unique responsable des massacres qui ont traumatisé les Cévennes. Vous pouvez consulter son acte de décès ici: https://archives.lozere.fr/ark:/24967/vtac06f185906a6db07/daogrp/0/25

Son nom restera à jamais associé à l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire criminelle régionale.

 

Une carte pour situer les différents lieux de l’histoire

 

1 – Le bourg de Saint-Étienne

2 – Mas Buisson, lieu du second massacre

3 – Soliers, maison des premiers assassinats

4 – Les Longognes, habitation de Maurice Rousson

5 – Le Pont de Burgen, lieu de l’exécution capitale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sources journalistiques

Le Journal de la Lozère du 24/03/1855 relate les faits https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t536539221

 

Le Messager du Midi a suivi le procès du 24 au 28 Mars 1855. L’audience est relatée tel un feuilleton durant plus d’une semaine. Vous y trouverez tous les détails de l’enquête et les témoignages.

24/03/1855 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k73720740/f2.item

26/03/1855 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7372076t/f3.item

27/03/1855 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k73720777/f3.item

28/03/1855 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7372078n/f3.item

29/03/1855 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k73720792/f3.item

30/03/1855 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7372080q/f2.item

31/03/1855 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k73720814/f3.item

01/04/1855 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7372082j/f3.item

 

 

Moulage en plâtre du visage de Maurice Rousson, réalisé sous l’échafaud au Pont de Burgen le 23/05/1855

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