Affaire criminelle à ROCLES vers 1770
Quand un prieur-curé se trouve saisi pour ses ouailles d’actes criminels qu’aujourd’hui on qualifierait d’agressions sexuelles et de viols. En s’adressant au Commandant pour le Roi du lieu, les victimes espèrent éviter d’aller devant un tribunal.
Par Pierre CLAVEL – Octobre 2024
COURRIER adressé le 2 octobre 1770, par le prieur-curé de Rocles, Jacques Ignace d’AUBIGNAC, à son cousin, Jean Bruno FREVOL de LA COSTE, commandant pour le roi dans les villes de Pradelles, Langogne et montagnes du Vivarais et Gévaudan(1).
« A monsieur de La Coste, commandant pour le roi, à Pradelles.
Depuis samedi dernier que j’ai l’honneur de vous parler, monsieur et mon cher cousin des indignes manœuvres de Jean CHAUVET, du lieu du Cellier en Gévaudan, actuellement fermier du moulin de GRAVIL de La Veyssière, paroisse de Pierrefiche, quatre des malheureuses filles qui ont éprouvé ses violences se sont venues plaindre à moi et m’en ont nommé plusieurs autres qui ont été également violentées.
Les unes et les autres sont toutes disposées à soutenir leur accusation devant les juges séculiers s’il est nécessaire, mais elles voudraient l’éviter et que votre autorité les mît à couvert de l’espèce d’infamie où elles craignent de s’exposer en révélant les iniquités de ce vilain.
Elles vous supplient donc toutes de les tirer des poursuites de ce monstre qui est devenu plus furieux encore depuis qu’il a su que certaines d’elles avaient, à Mr le curé de Pierrefiche (…) sa brutalité, de sorte qu’il y en a une qui a été attaquée et violée, il y a peu de temps, et que depuis les filles de cette paroisse n’osent plus aller garder leurs bestiaux ou se précautionnent comme on le faisait contre la Bête qui dévorait le monde.
Ce brutal n’a aucun égard à l’état, ni à l’âge. Il a bretté(2) des femmes et des filles de moins de dix à douze ans et cela depuis bien des années qu’il reste dans cette paroisse. Il a eu même l’impudence de s’en vanter.
Vous sentez mon cher cousin la nécessité de punir un tel vaurien et de rendre la tranquillité à cette paroisse dont le pasteur a des raisons pour ne pas agir ouvertement.
Le mal est présent et a besoin d’un prompt remède.
Il serait, je crois aussi, nécessaire de le faire sortir d’où il est à la sainte Lucie prochaine qui est son terme.
Vidal GRAVIL, de La Veyssière(3), à qui appartient le moulin en question, qui est un petit carillonneur, ne nous refusera pas de le mettre dehors sur les menaces que vous pourrez lui faire de le faire arrêter pour mauvaise conduite.
Sil ne met ce mauvais drôle hors de son moulin, je laisse à votre prudence, de remédier au mal, mais je vous prie de le faire incessamment et de me croire avec tout l’attachement possible, monsieur et cher cousin, votre très humble et très obéissant serviteur,
D’Aubignac, prieur
Rocles, ce 2e octobre 1770
Il n’est pas, je crois, nécessaire de vous prier de ne pas me citer.
Le nom des plaignantes qui ne veulent pas même être citées, qu’à l’extrémité, est Marianne DELASPRE, Claudine NEGRON, Marie MARTIN, Marie N restant chez Toinette RANC, la belle fille de SUCAR, Marie AYMAR. »
Sur ce courrier figurent les annotations de LA COSTE : « Homme qui a violé. Ma réponse à M. le prieur, du 5 octobre et envoie des ordres pour… jeudi… Sont venus. Il finira à la Ste Lucie et plus… ce que voudra M le curé.»
Cette terrible affaire a-t-elle donné lieu à l’arrestation du prévenu et à son procès ?
Qu’est-il advenu des femmes violentées ?
Nous lançons un appel à continuer les investigations !
(1)La présente transcription du document conservé aux Archives départementales de la Haute-Loire, dans le fonds « Familles Chaumeils, Frévol de Lacoste », sous la cote 110 J 59, a rétabli l’orthographe et la ponctuation modernes.
(2) Bretté : de brette, longue épée à lame dentelée. Le verbe bretter, signifiant « jouer de l’épée » ou « chercher des noises » (source Wikitionnaire https://fr.wiktionary.org/wiki/bretter)
(3) La Veyssière : Moulin de la Vaissière situé sur la commune de Pierrefiche


Bonjour
Êtes vous arrivé à trouver des renseignements.
Ça m’intéresse
Bonne journée
Bonjour cousine Chantal !
De près ou de loin, nous sommes tous cousins (effets de l’implexe).
Je n’ai pas eu le temps de me replonger dans cette affaire.
Merci pour vos recherches !
Bien cordialement,
Pierre C.
Notes complémentaires :
Le 11 juillet 1770, Jean résidait à La Veyssière depuis environ 6 mois !
Il a un frère (ou 1/2 frère ???) qui se nomme Claude Chauvet.
Je continue à repasser mes notes…
Quelques notes que je retrouve.
Le moulin de Gravil ou de Serres, se situe sur le Chapeauroux. En 1645, il appartenait à Pierre Pagès.
Précision :
Le grand-père de Jean Chauvet, Paul Mourgues des Meyrilles, est le frère du grand-père d’Anthoinette Mourgues ( épouse de Jean Chauvet). Il se nomme Jean Mourgues marié à Catherine Lhermet .
En réfléchissant, Jean s’est marié assez tard, avec avec Antoinette Mourgues de Pouchalsac, proche de Chateauneuf, et peut-être que c’est suite à ce mariage qu’ils se sont installés au moulin de Rodier = Châteauneuf ???? Que faisait-il avant ? Où?
Je vais vérifier, si j’ai quelques infos à ce sujet.
Donc si je comprends bien , on est cousin ! (rires)
Antoine, est le frère de Marie Anne, épouse Chauvet et mère de Jean. Et Antoine marié à Magdeleine Poudevigne est mon ascendant direct !
Affaire à creuser.
J’ai aussi plusieurs MOURGUES dans mon ascendance dont un Antoine, né à Meyrilles le 17 mai 1706.
Bonne journée,
Pierre C.
Je crois que Jean Chauvet avait un demi frère qui se nommait aussi Jean. Suite au remariage de son père.
Mais là, je n’ai pas fait de recherches
Bonne soirée
Bonjour Chantal,
Merci pour votre donnée sur Jean CHAUVET. S’agit-il de la personne incriminée dans la lettre du curé ? Y a t-il d’autres naissances de “CHAUVET Jean” au Cellier, dans les années 1730-1750 ?
Je ne désespère pas de trouver une suite à cette affaire dans la correspondance de LACOSTE.
Bonne continuation,
Cordialement,
Pierre C.
Bonjour,
Descendante de la famille Mourgues de St jean La Fouillouse, il y a une Marie Anne Mourgues née aux Meyrilles, qui s’est mariér avec Pierre chauvet du Cellier, le 27 nov. 1727. Ils ont eu 7 enfants dont un Jean Chauvet, né au Cellier, le 17 fevrier 1730 et décédé à Chateauneuf ( Pouchalsac ?) le 11 germinal An 4.
Ce Jean s’est marié le 3 mars 1772 avec Antoinette Mourgues de Pouchalsac . Ils ont vécu dans un moulin, mais c’était le Moulin de Rodier !!! Etait-il passé par la Veyssière ? Des Mourgues, de la même famille ont résidé à La Veyssière …..
Les dates pourraient coïncider.
Suis tr-s intéressée pour connaître la suite…
Merci, bonne journée